„Un jour viendra que …. les esprits s’ouvrant aux idées. ” Victor Hugo

Victor Hugo, qui a écrit qu’« une guerre entre Européens est une guerre civile »[192], a fréquemment défendu[193] l’idée de la création des États-Unis d’Europe. Ainsi, dès 1849, au congrès de la paix, il lance :

« Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l’Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France. Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées.

– Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d’un grand sénat souverain qui sera à l’Europe ce que le parlement est à l’Angleterre, ce que la diète est à l’Allemagne, ce que l’Assemblée législative est à la France[194]! »

Victor Hugo conçoit une Europe axée sur le Rhin, lieu d’échanges culturels et commerciaux entre la France et Allemagne qui serait le noyau central de ces États-Unis d’Europe[y]. Il se désole de constater que l’antipathie entre les deux pays n’est que la conséquence de manœuvres diplomatiques menées par l’Angleterre et la Russie pour affaiblir la France ; de l’inquiétude que suscite une France modèle de liberté, de justice et de droit des peuples ; de l’opposition de la Prusse[195]. Il présente une Europe des peuples par opposition à l’Europe des rois, sous forme d’une confédération d’États avec des peuples unis par le suffrage universel et l’abolition de la peine de mort[196].

L’idée n’est pas neuve, elle fut défendue avant lui par Saint-Simon, Guizot et Auguste Comte[197],[196], mais Victor Hugo en fut un de ses plus ardents défenseurs à une époque où l’histoire s’y prête peu. Considéré comme visionnaire ou fou[197], Victor Hugo reconnaît les obstacles qui entravent cette grande idée et précise même qu’il faudra peut-être une guerre ou une révolution pour y accéder[198].

Mais il croyait si fermement à cette idée d’une fédération européenne qu’il tint à lui donner corps : « Il y a trois jours, le 14 juillet, [ …] je plantais dans mon jardin de Hauteville-House le chêne des États-Unis d’Europe »[199]. Arbre que l’on peut voir aujourd’hui encore.